Vous êtes ici : Accueil > Nos dossiers > Biodiversité > Potentiel de Réservoir de Biodiversité (PRB) > Le Schéma Régional de Cohérence Ecologique des Pays de La Loire
Publié : 17 juillet 2015

Le Schéma Régional de Cohérence Ecologique des Pays de La Loire

Enquête publique portant sur le Schéma Régional de Cohérence Ecologique (SRCE) des Pays de la Loire

Contribution de l’association Vert Pays Blanc et Noir

Le Schéma Régional de Cohérence Ecologique soumis à l’enquête publique apparaît comme une bonne somme sur la connaissance de la biodiversité et ses fondements en Pays de la Loire qui sont les zones humides, le bocage et les massifs forestiers .
Il n’empêche qu’il comporte quelques « incohérences », tout au moins sur les territoires de Cap Atlantique et la Carène que notre association « Vert Pays Blanc et Noir » connait assez bien.

1- Le schéma se défend d’entrée de jeu de vouloir produire un nouveau zonage écologique, d’ en « rajouter une couche » aux zonages déjà existants (ZNIEFF,ZPS/ZSC, périmètre de protection du captage Sandun, grand site des marais salants de Guérande et du Mes, écosites…).

Pourtant, il fournit un document cartographique relativement précis (1/100 000ème) sur le quel sont tracés des corridors. Ces corridors sont censés représenter des déplacements privilégiés entre des réservoirs de biodiversité particulièrement riches. Or, par définition, un corridor est une surface, certes étroite, mais avec une superficie certaine qui pourrait être représentée cartographiquement et non par un trait avec une flèche à chaque extrémité.

L’extrême Ouest du département de Loire Atlantique est « entouré » de trois réservoirs de biodiversités, tous zones humides au sens large : l’estuaire de la Loire-La grande Brière/ le Littoral atlantique- les marais salants de Guérande/ l’estuaire de La Vilaine-les marais du Mes.

Si, effectivement pour certaines espèces, on connait des déplacements d’un réservoir à l’autre (loutres, anatidés, sangliers…), pour la grande majorité c’est, à notre connaissance, une pure hypothèse et certains tracés nous laissent perplexes.

  • Tracé multi flèches, entre les marais salants de Guérande/La Turballe et les marais du Mes
  • Tracé univoque entre La Vilaine et La Grande Brière partant du barrage d’Arzal aboutissant à Marlais à l’Est de St Lyphard après avoir traversé les zones les plus cultivées d’Herbignac, alors que les espèces les plus hydrophiles ont plutôt tendance à remonter au maximum les cours d’eau, donc par les fossés blancs, les marais de La Chapelle puis ceux de Missillac et delà rejoindre La Vilaine.
  • L’absence de couloir entre La Grande Brière et le marais du Mes à l’Ouest de St Lyphard, où les zones humides (relevées 2008) ne sont distantes que de quelques centaines de mètres pour un dénivelé de moins de 2 mètres.

Dans la réponse de l’Autorité Environnementale Régionale, à la remarque de Cap Atlantique qui s’étonnait également de cette absence, alors que la trame verte est déjà notée dans le SCOT et dans le PLU de St Lyphard à cet endroit, on a en fait l’explication profonde du tracé des corridors : « entre les 2 réservoirs classés l’un et l’autre Zone Natura 2000, le territoire est classé « bocage réserve de biodiversité ». Le SRCE n’a pas identifié de corridor à l’intérieur des réservoirs de biodiversité, considérant que ces espaces étaient globalement favorables à la circulation des espèces ».

Les corridors sont donc des liens (théoriques) entre des zones bocagères (bocages, bosquets et bois) côtoyant des réservoirs de biodiversité.
Pourquoi pas ? On comprend bien que la connaissance scientifique des déplacements des espèces en est encore à ses débuts.
Mais pourquoi telle zone plutôt qu’une autre ? (pourquoi autour de Marlais et pas à l’Ouest des marais de La Chapelle ? (la distance à La Vilaine eut été beaucoup plus courte…)

Par contre, on voit bien que ces zones sont représentées cartographiquement et qui plus est, de façon imprécise (hachures), ce qui constitue de fait un zonage dont l’assise juridique dans un document d’urbanisme sera mal assurée.

En conclusion, nous pensons que le premier schéma aurait pu être plus interrogatif sur le tracé des corridors et mettre à profit les 6 ans à venir pour améliorer la connaissance scientifique sur les déplacements d’espèces entre les réservoirs pour aboutir à un document d’urbanisme incontestable.

2- Le SRCE comporte également un plan d’actions (6 ans) pour préserver la biodiversité telles que :

  • 4- « maintenir et développer des productions et des pratiques agricoles favorables à la biodiversité et à la qualité de l’eau…favoriser le maintien de l’élevage extensif… »
  • 5- « inciter à la réalisation de plan de gestion des haies à l’échelle de l’exploitation agricole et (inciter) les propriétaires forestiers à faire des plans simples de gestion (PSG) »

Or, il est dit clairement en introduction que « le mode de gestion des terres agricoles et forestières ne relève pas du code de l’urbanisme…il ne peut donc l’être par la trame verte et bleue… ».

On ne voit donc pas comment en l’absence de définition précise d’un corridor et de sa représentation graphique, ces actions pourront être mises en place et encore moins dans les zones de « bocage réserve de biodiversité » qui sont en grande partie cultivées.

C’est pourtant ces zones qui sont en grand danger de perte de biodiversité (tout le bocage d’ailleurs) car pratiquement rien n’interdit aujourd’hui à un agriculteur de défaire un vieux fossé boisé pour le passage d’engins de plus en plus larges, de plus en plus performants (pour la production agricole…). Ce ne sont pas les quelques avancées du « verdissement » de la future PAC qui fera changer les mentalités.

Il est plus que temps de faire un inventaire cartographique exhaustif de ce qui reste du bocage (une première approche a été faite en 2013 par la Fédération des Chasseurs) et d’en rendre obligatoire sa transcription dans les PLU en « espèces boisés classés (ou protégés ?) ».

Une autre action qui pourrait être dans les compétences et dans l’objectif du SRCE, serait d’obliger les communes à l’occasion de la révision de leur PLU, d’actualiser le classement des terres. Nombre de bosquets sont aujourd’hui des parcelles agricoles délaissées depuis plus de 30 ans. Rien n’interdit de les défricher et de les rendre à la culture, voire de les classer constructibles. Ce serait un plus pour la biodiversité de les reclasser en bois.

Les déplacements d’espèces entre réservoirs de biodiversité sont une réalité dont la prise de conscience de leur importance pour le maintien de cette biodiversité est récente.

Le SRCE abondera dans ce sens. Mais, comme il ne s’agit que d’un document d’urbanisme, nous craignons qu’en l’état actuel, il ne soit qu’un « vœu pieux » dans nos territoires ruraux/périurbains tel que l’extrémité de La Loire Atlantique.

Nous demandons, qu’on affirme quelque part dans ce schéma, que la première application de 6 ans sera mise à profit pour parfaire la connaissance scientifique (élaboration de fiches locales) afin d’aboutir à terme, à une cartographie des corridors avec des mesures contraignantes de préservation à la hauteur des enjeux.

Cette déposition a été remise le 15 juillet 2015 par voie électronique sur le registre numérique (http://cdv-ep.com/) d’enquête publique.
A ce titre, elle sera prise en considération par la Commission d’Enquête au même titre que les observations propositions et contre-propositions déposées sur les registres d’enquête papier disponibles sur les lieux d’enquête et sera imprimée et annexé au registre déposé au siège de l’enquête.