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Publié : 17 août 2013

Contribution au débat d’un adhérent

Le projet d’un parc éolien en mer aux larges des côtes de Cap atlantique a fait l’objet d’un débat public organisé sous l’égide de la Commission Particulière de Débat Public du 28 mars au 20 juillet 2013.

Durant cette période toute personne désireuse de participer par écrit à ce débat avait la possibilité de rédiger une contribution sur le site officiel de cette commission.
Un adhérent de Vert Pays Blanc et Noir a souhaité réagir à une des contributions qui stipulait que "Pour obtenir la production d’un EPR , il en coûterait 7 fois l’investissement actuel, soit 14 Md€ : deux fois le prix d’un EPR. Sans compter que le parc éolien est construit pour 25 ans, alors que l’EPR l’est pour 60. Sur cette durée, l’investissement éolien est donc 6 fois plus cher que le nucléaire."

La réponse de Jean-Max Estay  :

Quels coûts sont comparés ?

Non, M. Treiner ne ment pas. Presque tous ses chiffres sont justes mais surtout il compare ce qui n’est pas comparable, des chiffres qui ne regroupent pas les mêmes éléments.

Seuls chiffres à mettre en cause, les prix [1] de l’EPR et de son électricité.

Sauf à être devin, on ne peut deviner le coût final de l’EPR de Flamanville à moins de l’estimer [2] en prolongeant, jusqu’à la mise en service, la courbe du prix, en hausse régulière : 3,3 milliards d’euros en 2005, 8,5 M€ fin 2012, soit presque 3 fois l’estimation initiale et ce n’est pas fini. Combien à la connexion au réseau en 2016 si ce jour arrive ? La projection nous propose 11 M€ ! M. Treiner reste à 7 milliards, chiffre déjà dépassé lors des estimations de décembre 2012.

Le prix initial du MWh EPR était de 46 € ; en 2009, suite à une augmentation du coût de construction de 2 milliards, il s’estimait entre 70 et 90 €. Si on prolonge la courbe, en décembre 2012, il se situe entre 108 et 161 €. En projetant en 2016, entre 139 et 217 € ! Les 80 € de M. Treiner sont largement dépassés.

Ce que M. Treiner présente, c’est le coût de fonctionnement des centrales nucléaires comparé au coût global des éoliennes. Le prix de l’éolien comprend tout, de la construction à la déconstruction.

Sont comptés dans le prix de l’éolien et ignorés dans celui du nucléaire :

- La déconstruction : personne n’a aujourd’hui la moindre estimation de son coût ni une petite idée des moyens à mettre en œuvre :

  • Le réacteur expérimental de Marcoule, arrêté depuis 20 ans, n’est toujours pas déconstruit ;
  • La centrale de Brennillis, arrêtée depuis 1985, ne l’est pas plus.

- Le traitement des déchets, HALV (Haute Activité Longue Vie, 1 000 t/an) et MALV (Moyenne Activité Longue Vie) : aucune solution en vue, si ce n’est l’enfouissement pour des centaines de siècles sur un site dont on ignore comment le sécuriser aussi longtemps dont les études ont été payées par nos impôts ; la Cour des Comptes a estimé le coût de la déconstruction et du stockage des déchets entre 18,4 et 28,4 milliards d’euros, sans ignorer une future augmentation de ces prix.

- La prise en compte du raccordement par RTE. Dans le cadre de l’EPR, il ne s’agit pas de deux lignes à 225 000 V comme pour le Banc de Guérande mais de lignes aériennes, avec de beaux pilonnes portant du 400 000 V ;

- L’assurance : aucun assureur, ou groupe d’assureur, n’en a prix le risque, à quelque prix que ce soit. En cas d’accident grave, ce sera au citoyen d’en assurer les coûts par ses impôts. Un accident du type Tchernobyl ou Fukushima est estimé entre 500 et 1 000 milliards d’euros.

D’autre part, M. Treiner nous parle de l’intermittence de l’éolien. Mais les centrales sont régulièrement arrêtées et leur StopAndGo se chiffre en jours. Qu’en pensent les Japonais quand après Fukushima, le 5 mai 2012, le dernier réacteur était arrêté après les 49 autres, que des industries arrêtaient de fonctionner et que les restrictions étaient pour tous ?

Demain, nous aurons une France gruyère, avec partout des sites interdits pour cause de vieilles centrales attendant le génie du démantèlement, des dépôts de déchets attendant les 100 000 ans de leur désactivation.

A moins que les mines d’uranium africaines nous soient fermées par AQMI ou des États voulant protéger leurs ressources !

Notes

[1La plupart de ces chiffres sont tirés d’un article de lemonde.fr consulté le 16/05/2013 http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/12/04/la-facture-de-l-epr-devrait-encore-augmenter-d-ici-a-2016_1799837_3244.html

[2Les estimations sont faites par régression linéaire à partir des chiffres connus cités dans ce texte.