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Publié : 29 janvier

Notre Dame des Landes : un texte de raison et un brin d’humour

Deux commentaires pertinents sur le dossier de Notre Dame des Landes : celui de Françoise Verchère, par son sens de l’analyse et celui du dessinateur Félix par son sens de la dérision.

- L’hebdomadaire "Politis" ( https://www.politis.fr/) a publié dans sa dernière édition un article de François Verchère * sur la décision prise par le gouvernement concernant l’abandon du projet d’aéroport à Notre Dame des Landes :

L’abandon de l’aéroport de NDDL était la seule décision raisonnable

Pour Françoise Verchère, coprésidente d’un collectif d’élus opposés au
projet du grand aéroport, le gouvernement a respecté les conclusions
des médiateurs et tenu compte des opinions publiques contre les
réseaux et les lobbys.

Nous ressentons d’abord un immense soulagement. Le soulagement de
savoir qu’il n’y aura pas de destruction de terres agricoles, pas de
saccage de la biodiversité, pas de perturbation de cette vaste zone
humide, et donc que tous ceux qui y habitent, humains, vaches et
tritons, ne verront pas leur vie bouleversée par la réalisation d’un
aéroport. Le soulagement aussi de constater que le rapport des
médiateurs a confirmé la véracité de tous les arguments que nous avions
développés jusqu’ici en vain, permettant ainsi au gouvernement de
prendre la seule décision qui était raisonnable et que nous attendions
depuis si longtemps : l’abandon d’un projet inutile, coûteux et
destructeur.

Il n’y a pas là déni de démocratie, comme certains vont s’empresser de le
crier. Le déni de démocratie ne réside pas dans la non-prise en compte
d’une consultation finale biaisée et malhonnête, mais bien dans les
dysfonctionnements des procédures de débat public, dans le mépris des
compétences et des avis des citoyens ou des scientifiques pendant les
enquêtes, dans les petits et grands mensonges répétés à l’envi : la
saturation prétendue de l’actuel aéroport, la menace imaginaire sur le lac
de Grand-Lieu, le prétendu peu d’intérêt du site de Notre-Dame-des-
Landes (NDDL), le fantasme des créations de lignes aériennes…

Si les habitants de Loire-Atlantique qui ont voté oui en 2016 ont
l’impression de ne pas être respectés parce que le projet est abandonné,
qu’ils n’oublient pas qu’ils ont d’abord été trompés pendant des années.
Après Sivens, après NDDL, et alors que tant d’autres projets qui
ressemblent à ces deux-là se poursuivent, peut-on espérer que soit enfin
compris l’enjeu démocratique qu’ils révèlent ? Le temps des élus
omnipotents, seuls décideurs et jamais comptables de leurs décisions,
est révolu, celui des réseaux et des lobbys doit l’être aussi, car les
citoyens ont des compétences qui leur permettent de produire des
analyses et des propositions alternatives. Ils ont même, pour beaucoup,
une vision plus aiguë et lucide des enjeux à venir.

Ce qui devrait vraiment renouveler la manière dont sont décidés l’intérêt
général et la fameuse « utilité publique » au nom de laquelle on nous a
expliqué mille fois l’insuffisance de l’aéroport actuel et la nécessité de
détruire le bocage de Notre-Dame et au nom de laquelle nous avons
perdu de nombreux recours devant la justice.

Faute de quoi, ni la mort d’un jeune homme ni notre victoire
d’aujourd’hui ne changeront vraiment les choses. Nous comprenons que
les riverains les plus touchés par les nuisances sonores de l’aéroport de
Nantes-Atlantique puissent être déçus de la décision gouvernementale,
mais nous réaffirmons que l’on peut prendre des mesures pour vivre
mieux « sous les avions ». Le choix de ne rien faire ou presque pendant si
longtemps était volontaire pour mieux justifier le transfert de l’aéroport.
Désormais, il faut que l’Etat décide très vite de réviser le Plan de gêne
sonore, qui permet d’aider à l’insonorisation des logements et des
établissements publics, qu’il mette en place toutes les procédures de
moindre bruit et limite, voire interdise, les vols de nuit.

Nous sommes soulagés, et émus aussi. Parce que le combat a été si long
que certains des résistants de la première heure nous ont quittés avant la
victoire, emportés par la maladie. Je pense, comme beaucoup sans
doute aujourd’hui, à Michel Tarin [mort en 2015], paysan « passeur de
terres » et gréviste de la faim [en 2012], qui aurait tant aimé savoir
préservé ce territoire qu’il aimait. Je veux saluer ici sa mémoire et
rappeler qu’il a été un vrai « premier de cordée », une cordée solidaire et
humaine… Celle que nous avons constituée tous ensemble dans notre
diversité, parce que nous étions persuadés de la légitimité de notre
cause. Celle qui a dû s’éloigner des chemins balisés, occuper illégalement
terrains et maisons pour empêcher le début des travaux, parce qu’il n’y
avait pas d’autres moyens devant l’obstination du pouvoir. Celle qui veut
maintenant, sur ce territoire, ouvrir une autre route pour un avenir
meilleur.

Image fantasmée de la ZAD

Je ne parle évidemment pas de la route départementale dite « des
chicanes ». Celle-là, nous savons bien que l’abandon de l’aéroport doit
aboutir à sa normalisation. Nous l’avons dit et écrit, il faut juste donner
un tout petit peu de temps au temps. Il faut dire que, depuis des
semaines, l’image fantasmée de la ZAD, avec des pièges, des armes et
des ultraviolents, a fait son chemin. Les mêmes mots, repris par de trop
nombreux médias, par des politiques et des commentateurs qui n’y ont
jamais mis les pieds, ont préparé les esprits à un affrontement présenté
comme inéluctable. Cela ferait de si belles images, édifiantes pour la
population et peut-être dissuasives pour d’autres luttes ! Les jeux du
cirque moderne, sous les caméras…

Puisque le projet est enfin abandonné, puisque la zone restera agricole
et naturelle, montrons notre force collective. Enlevons les pneus, les
carcasses de voitures et tout ce qui avait été amassé sur cette route pour
défendre la zone. Pourquoi s’y opposer, et prendre des risques humains
et symboliques importants ? Car le combat qui mérite d’être poursuivi
n’est pas le maintien de quelques chicanes sur une route, mais bien un
avenir possible et désirable pour ceux qui habitent ce territoire et
veulent y rester. Pour que se poursuivent les projets et les expériences de
vie et de solidarité en cours. Pour que Notre-Dame-des- Landes soit une
vraie et belle victoire, porteuse d’espoirs.

*Françoise Verchère, coprésidente du Collectif des élus doutant de la
pertinence de l’aéroport (Cédpa), est ancienne maire de Bouguenais
(Loire-Atlantique)

- Charlie hebdo -décembre 2017

Pour rappel, "une journée festive" est organisée sur le site de Notre Dame des Landes le samedi 10 février 2018. Plus d’infos en contactant l’association VPBN.