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Publié : 22 septembre 2013

Confortement des berges de l’étier suite à la tempête Xynthia

Dans le cadre de l’enquête publique sur confortement des berges et protection contre les inondations marines et fluviales le long des étiers du Pouliguen et de la Torre
l’Association Vert Pays Blanc et Noir a déposé un avis le 20 septembre 2013.

Avis de VPBN déposé le 20 septembre 2013

Vert Pays blanc et Noir, association correspondante de France Nature Environnement a pour but, sur le territoire de la communauté d’agglomération Cap Atlantique, dont le siège est situé à La Baule,
- de veiller à la protection de la nature, à l’amélioration du cadre de vie, à la protection de l’eau, de l’air, des sols, des sites, et des paysages ;
- d’œuvrer à ce que l’urbanisme reste dans le cadre d’un développement soutenable,
- d’assurer d’une manière générale la lutte contre les menaces de pollutions et de nuisances préjudiciables aux habitants et aux usagers de la nature.
- d’assurer par tous les moyens, y compris la saisine des juridictions administrative et judiciaire, la défense des intérêts collectifs de ses membres, des habitants des communes considérées, et des usagers de la nature, lorsque l’environnement, le cadre de vie, et d’une manière générale la qualité de la vie, sont en cause.

C’est à ce titre que notre association a rédigé la présente contribution à l’enquête publique concernant l’élévation des digues de l’étier du Pouliguen/La Baule.

Les conséquences de la tempête Xynthia sur notre littoral ont mis en évidence la nécessité d’anticiper dans la mesure du possible les conséquences dommageables de ce genre de phénomène susceptible d’intervenir à nouveau

Notre association a participé aux deux ateliers portant sur les projets de travaux de renforcement des digues de l’étier du 8 janvier et 5 février 2013 et était représentée lors des réunions publiques.

A cette occasion, nous avons été amenés à regretter comme d’autres associations ou syndicats professionnels présents que la solution d’une "porte-écluse" à l’entrée du port ait été écartée sans l’étude nécessaire, ce qui n’a pas permis de débat entre cette solution et le choix retenu.

Cette solution avait pourtant 2 avantages :
• la préservation de l’habitat et des marais salants contre un phénomène type Xynthia
• la préservation des marais salants et de toute l’économie qui en découle, des conséquences liées à l’arrivée d’une marée noire, type Erika .

La constatation d’interférence entre le président de CAPA (pilote le PAPI) qui est également le Président du SIVU (sollicite travaux sur l’étier) et maire de la Baule (commune principale bénéficiaire de l’embellissement des berges en plus des travaux de renforcement) explique probablement le refus de cette solution globale qui nous paraissait plus pertinente pour l’ensemble de la presqu’île.

Pour rappel : coût du PAPI : plus de 9 millions d’euros hors taxes dont 1,1 pour le renforcement de certaines parties nord marais et 7,4 pour les digues de l’étier du Pouliguen/La Baule.

Il convient ici de rappeler la nécessaire complémentarité entre les actions à mener en matière de prévision des risques et ne pas se contenter de l’illusion du « tout digues ».

D’autres volets sont à mettre en place : la culture du risque, la prévision, l’alerte, la gestion de crise et la bonne gestion de l’urbanisation sont autant d’éléments incontournables dans un programme de prévention de risques de submersions marines en collaboration étroite avec le milieu associatif et professionnel.

En matière d’urbanisme, il est important de rappeler la nécessité de repenser les politiques d’aménagement et la notion de retrait stratégique trop ignorée par les décideurs. Il s’agit également de trouver un juste équilibre entre les zones urbanisées à forte valeur ajoutée pour certains (Grand Clos, Atlantia, Centre Equestre) et les marais salants, partie intégrante de l’identité socio-environnementale et économique de la région.

A l’issue de ces remarques préliminaires et après l’étude du dossier, nous sommes amenés à apporter plusieurs observations :

- Les hypothèses du travail réalisé par le cabinet d’études s’appuient sur les travaux du GIEC de 2007. Or selon les prévisions qui seront rendues publiques dans les prochaines semaines, l’élévation du niveau marin serait supérieures aux prévisions de 2007.

- La lecture du dossier est difficile du fait d’un choix de présentation éclaté. Et, surtout, l’évolution du projet n’est pas lisible. En particulier la prise en compte des remarques apportées pendant la période de concertation n’apparaît pas.

- En cas de surverse, ou risque de brèches, la gestion des retours d’eau n’a pas été clairement explicite. L’évacuation par le réseau d’eaux pluviales ne fait que déplacer le problème à moins qu’un système de pompage performant soit mis en place rapidement.
Ainsi, le secteur Lalande (zoneE), particulièrement urbanisé, suite au risque de concomitance événement pluvial-marée extrême est à protéger en priorité.

- Ce que dit l’étude d’impact sur les effets des aménagements projetés en ce qui concerne les inondations des marais salants au nord de l’étier ("incidence quasi-nulle") apparaît peu crédible. En effet, si l’onde de submersion est retenue par les digues, il faut bien que l’eau aille quelque part !
Observation que l’on peut sans doute rapprocher du fait que la protection des marais salants ne relevait pas des objectifs du projet.

- zone C Bole de Goustan-côté voie SNCF : il est prévu un espace bétonné en bordure du talus de la voie ferrée, sur lequel vient s’adosser un merlon de terre végétalisée, il est nécessaire d’indiquer dans les prescriptions que cet aménagement n’empiétera pas sur l’étier, dans la mesure où cet empiétement aurait des conséquences dommageables pour l’écosystème

- zone C grand Clos-Bois d’Amour : Il est prévu que le lotissement du Bois d’amour, construit sur le territoire de Guérande, entre la voie ferrée et l’étier sera entouré par un muret partant au pied de la voie ferrée, pour se terminer par une boucle au niveau du rond-point. Cet aménagement prendrait 1m80 sur le chemin d’accès aux habitations, lequel passerait à 2m20. Il s’agit bien évidemment d’une contrainte pour les habitants, lesquels pourraient être amenés à demander le maintien de la largeur actuelle du chemin d’accès. Il est impératif d’indiquer dans les prescriptions que la construction de ce muret de protection ne viendra en aucun cas diminuer le gabarit de l’étier. Le rétrécissement de celui-ci aurait en effet des conséquences néfastes sur la richesse écologique de l’étier, élément vital pour les marais salants.

- Zone D - La minoterie - Ici le risque de submersion ne vient pas de l’étier, mais du traict (situé au Nord-Ouest de cette zone). Le projet prévoit des merlons (enrochements), plutôt en retrait de l’étier dans la partie ouest. Nous avons bien noté que dans la partie nord, en site classé, les enrochements initialement envisagés ont été abandonnés au profit de pieux battus, support à un bardage, suivant la technique utilisée dans les marais salants. Nous insistons sur le fait que la mise en place d’enrochements qui empiéteraient sur le lit de l’étier n’est pas acceptable.

- Zone E - Les hauts de La Baule, secteur très urbanisé situé en-dessous du niveau de la haute mer, avec en particulier des HLM et logements sociaux - Dans ce secteur actuellement protégé par une butte en terre, il est prévu un enrochement sur la vase de la rivière La Torre (qui rejoint l’étier vers l’ouest), pour servir de base à un mur de 1m50.Une étude complémentaire est nécessaire pour éviter, ici comme dans le cas précédent, un empiétement sur le lit de la rivière. Nous demandons que les prescriptions prévoient cette étude.

- Sur l’ensemble de l’étier, nous demandons des précisions quant à l’incidence des travaux sur le lit de l’étier, et la réduction de la capacité hydraulique (enrochements notamment) en raison d’une crainte d’un effet de ralentissement et nous vous interrogeons sur l’opportunité de créer un bassin de rétention.

- Pour la réalisation des travaux, l’accès à un stock d’argile conséquent est primordial. Or les représentants de paludiers en réunion de concertation ont signalé l’impossibilité d’utiliser leur stock. Des éléments complémentaires au dossier doivent donc indiquer l’origine de l’argile utilisée lors des travaux.

- Durant cette période de travaux projetés, nous souhaitons la création d’un comité de suivi dans lequel les associations ayant participé à la concertation soient représentées. Nous vous demandons donc de le prescrire dans le rapport d’enquête publique.

En conclusion, si nous regrettons qu’une seule solution ait été étudiée, nous ne sommes pas opposés à ces travaux. Toutefois, nous demandons que la liste des prescriptions présentée à l’occasion de notre contribution soit prise en compte, pour que le projet soit en conformité avec le maintien d’un écosystème fragile.
Nous tenons également à souligner que pour les prochaines années, un élément important doit être abordé sans tarder, le diagnostic et la remise en état des ouvrages réalisés, leur entretien et leur surveillance particulièrement en période critique ainsi que du budget alloué.