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Publié : 15 décembre 2022

Le nucléaire en quelques chiffres

Ce texte a été écrit par Thierry Touche et nous n’y avons apporté que des modifications éditoriales.

Le nucléaire en quelques chiffres

Depuis quelques jours, les déclarations du président de la République qui a annoncé 1 milliard pour concevoir et fabriquer des « petits réacteurs nucléaires » à l’horizon 2035 sans parler du projet de construction de six réacteurs de type EPR et du lancement de la concertation nationale sur le mix énergétique, le nucléaire est plus particulièrement à l’ordre du jour.
Le réacteur EPR de Flamanville a obtenu de l’ASN [1], l’autorisation de mise en service, mais à 50 % maximum de sa puissance. Le couvercle présente des anomalies, mais le temps presse de le mettre en service. C’est une vitrine technologique. Son changement nécessitera une modification de génie civile. Il pèse au bas mot 150 tonnes et pour intervenir, il sera nécessaire de déconstruire une partie de son enceinte…
Maintenant, nous assistons à une grosse campagne médiatique sur ce sujet ultrasensible.

Un label vert pour l’uranium

Je lis toujours avec un œil avisé les encarts publicitaires de notre opérateur historique et d’Orano [2].
Tout semble merveilleux dans le monde d’EDF « l’électricité d’EDF est à 97 % sans émission de CO2, et ça c’est mieux pour le climat ».
Le plus important du slogan figure en tout petits caractères « Émissions directes, hors analyses du cycle de vie, des moyens de productions et des combustibles chiffres 2020. »
Ce chiffre de 97 % ne prend en compte que les émissions constatées pendant le fonctionnement des réacteurs. Pour le reste, il est important de se renseigner.
Et là, le théoriquement dé-carboné est bousculé sévèrement
.
Si tout est pris en compte de la mine aux déchets, le changement de décor est alors bouleversant.
Pour nos 56 réacteurs, il faut annuellement 8 000 tonnes d’uranium naturel (13 à 14 % de la production mondiale) soit après transformation (yellow cake) et passage à l’hexafluorure d’acide sulfurique, cela donne 1 030 tonnes de combustibles prêt à l’emploi. Notre consommation annuelle pour nos 56 réacteurs.
Rappel : Pour extraire un 1 kilo de ce minerai, il faut remuer une 1 tonne de terre.
En 2021, nos achats russes étaient de 110 tonnes (coût 92 M€).
En 2022 nos achats ont augmenté pour atteindre 290 tonnes (coût 345 M€).
La Russie en 2022 a fourni 1/3 de notre besoin. Alors qu’une résolution du Parlement Européen invitait les états membres à mettre fin à toute collaboration avec la Russie pour l’énergie nucléaire…
Et, pourquoi EDF continue ses courses en Russie ? par souci d’économies. Rosatom est le leader mondial de cette transformation grâce à ses mégacentrifugeuses héritées de l’URSS.
EDF achète au Kazakhstan (membre de la CEI) 43 % de l’uranium naturel avant expédition en Russie pour y être enrichi.
Pour le retraitement des déchets, la Russie possède l’unité la plus puissante au monde apte à retraiter l’uranium ayant servi dans les réacteurs. "Une effroyable poubelle nucléaire" dixit Greenpeace.
Entre 2000 et 2012, AREVA et ORANO ont expédié 4 804 tonnes d’uranium usagé et récupéré au retour 650 tonnes d’uranium retraité et enrichi.
Nos capacités d’enrichissement dans nos deux sites de Malevesi et Pierrelate représentent 40 % des besoins de nos centrales tricolores.

Quel Bilan CO2 ?

On parle souvent les anti-éoliens qui sont contre l’utilisation du vent et de l’atteinte au paysage, mais que proposent-ils en contrepartie ?
Les socles de ces machines sont en béton…
Un réacteur nécessite lui 50 000 tonnes de béton armé.

Quel bilan carbone ?

Réchauffement climatique
Un réacteur en service nécessite un circuit de refroidissement en eau. Les pompes d’alimentation ont une puissance de 500 m3/h pour assurer un bon fonctionnement. L’été caniculaire de 2022 a failli mettre à l’arrêt les quelques réacteurs en capacité de fonctionner. Des décrets préfectoraux ont permis de relâcher de l’eau chaude et chargée de matières chimiques rendant difficile la vie à la bio diversité. Sans parler, comme pour la Loire, des captages servant à alimenter les Unités de Production Eau Potable des villes situées en aval des centrales.
L’opérateur historique est passé du faire au faire faire pour la maintenance. La santé de ces travailleurs n’est pas prise en compte à la même hauteur que les agents EDF.

Quel est le bilan social ?

Un arrêt réglementaire d’un réacteur coute 1 million € par jour.
Sans parler des allées et venues des salariés en charge de l’entretien qui se déplacent de site en site.
Je ne parlerai pas de la gestion des déchets ultimes et les plus dangereux qui seront peut-être un jour enfouis dans la poubelle de Bure (projet CIGEO). Il faut compter 100 000 ans. Les géologues ne se prononcent sur l’étanchéité du sous-sol que pour une durée de 1 000 ans…

Quel bilan environnemental ?

Sans parler des largages autorisés de tritium (hautement cancérigène) dans l’atmosphère et des fuites régulières d’hexafluorure de soufre, comme dernièrement à la Hague. Un gaz à effet de serre 25 000 fois plus nocif pour le climat que le CO2, et qui ne décroit pas une fois dans l’atmosphère.
Cette énergie n’a pas un avenir avec la réalité du dérèglement climatique.
Les dégazages de tritium proviennent de l’ajout de bore pour les réacteurs qui fonctionne avec du mox (uranium-plutonium).

Notes

[1Autorité de Sureté Nucléaire : L’ASN assure, au nom de l’État, le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, pour protéger les personnes et l’environnement.

[2Anciennement Areva, COGEMA